La Gazette n°4 : accès à la santé... et si chacun était une partie du remède ?

November 9, 2018

avec usbek & rica

Sommaire de ce numéro

Édito

Grand dossier : accès à la santé... et si chacun était une partie du remède ?

Parole croisée de Carillonneurs

Jeux pour tous !

EDITO : Santé pour tous ?

 

« J’ai déjà fait exprès de garder un t-shirt puant pour faire la manche pour que les passants me donnent plus » confie Giovanni, alors qu’en général le jeune homme préfère plutôt séduire avec son humour. « On aime aider le clochard tel qu’on se l’imagine, mais à force d’être perçus d’une certaine façon par la société, certains finissent par y croire et ne prennent plus soin de leur corps » renchérit Gilles qui, à l’inverse, met un point d’honneur à rester en pleine forme et tiré à quatre épingles, après dix ans de rue.

 

En France, le droit à la protection de la santé est reconnu par le Préambule de la Constitution de 1946. Malgré tout, certaines personnes sans domicile finissent par renoncer à ce droit immuable et cela commence souvent par la dégradation de l’hygiène. Comment en arrive-t-on là? En tant que citoyen, peut-on agir avec les personnes concernées dans ce domaine bien spécifique ? Voici les questions auxquelles nous essaierons de répondre dans cette quatrième gazette !

 

 

Bonne lecture les Carillonneurs !

 

 

Arteo, l'artisan lunetier.

 

LE DOSSIER : accès à la santé... et si chacun était une partie du remède ?

 

Tous égaux face à l’accès aux soins ?

 

À la rue, une simple grippe ou une plaie anodine peut déboucher sur une pathologie grave. Les problèmes dentaires et de poids sont courants et les affections généralement peu présentes dans les pays développés comme la tuberculose, la pédiculose ou la gale s’y développent encore.

De plus, 32% des personnes sans domicile présenteraient un trouble psychiatrique. Dans ce cas, difficile de trancher : est-ce la rue qui crée ces troubles ou sont-ils déjà présents avant la perte de leur logement ? Quoi qu’il en soit, l’isolement et la perte de confiance qui en découle ne peuvent qu’accentuer ces troubles.

 

Quels sont les freins à l’accès à la santé ?

 

La majorité des personnes sans domicile lutte quotidiennement pour rester propre, et digne, bien que l’accès à des services d’hygiène de base relève d’un défi de tous les instants : manque de douches publiques, mixité des structures, mauvaises conditions sanitaires, coûts des produits ou encore l’impossibilité de faire sécher sa serviette : « Je me douche tous les jours, en faisant attention aux lames de rasoirs ou aux seringues au sol » explique Eric, ambassadeur à Lille.

Le renoncement aux soins est lié à plusieurs facteurs. Pour certaines per- sonnes c’est le manque de confiance dans les institutions, pour d’autres, la honte de s’y présenter ou enfin une lassitude face à un traitement stigmatisant. Pour Lyes, ambassadeur à Paris, c’est la difficulté à trouver l’information et le temps que cela prend : « J’ai déjà passé deux jours à traverser la ville parce qu’on me renvoyait d’hôpital en hôpital... » Un temps qui est amputé à la recherche d’un abri pour la nuit ou aux démarches administratives ! « Moi je ne suis jamais malade ! » nous lance Gilles, et ce même lorsque ces jambes se sont bloquées quelques heures avant un concert de la chorale de La Cloche. Ainsi, beaucoup de personnes sans domicile ne sentent même plus la douleur ou ne s’autorise plus à le faire. C’est parfois parce que la préoccupation d’assouvir ses besoins dits « primaires » (manger, dormir, etc.) est plus grande mais c’est aussi souvent à cause du manque de perspectives d’avenir...

 

Dans chaque réseau du Carillon, des ambassadeurs se mobilisent pour faire changer le regard sur le monde de la rue.

 

Quelles solutions ?

 

C’est alors à la santé d’aller vers ces personnes. Les équipes mobiles d’associations sillonnent les rues et les centres d’hébergements. Certaines se concentrent sur un type de pathologies à l’image des Équipes Mobile Santé mentale et Précarité Diogène à Lille. De plus en plus de structures permettent également l’accès à une hygiène de base comme le camping car « Et ma Douche » à Nantes, qui maraude deux fois par semaine.

 

« Notre mission est d’aller à la rencontre de ces femmes pour leur redonner confiance et les ramener vers le soin. »

— Nadège Passereau, Déléguée Générale de l’association ADSF.

 

Et si la santé n’était qu’une partie du remède... Dans notre société où le culte du paraître et la dictature du « healthy » règnent, le regard des autres est un vecteur essentiel à l’inclusion sociale. Les politiques publiques en direction des personnes sans domicile vont dans ce sens en proposant une approche globale : l’accès au logement, à l’emploi et à la santé est traité au même niveau que les besoins considérés auparavant comme secondaires (lien social, estime de soi, accès à la culture, etc.).

 

« Lorsque l’on n’a pas d’image sociale, alors petit à petit,

on perd sa propre image. »

— Xavier Emmanuelli, médecin, fondateur du Samu Social et parrain du Carillon.

 

Nous avons, en tant que citoyens, aussi un rôle à jouer. L’environnement relationnel est en effet déterminant : d’après une étude du Ministère des affaires sociales de 2015, « Les personnes sans-domicile qui ne vivent pas seules ont deux fois plus de chance que celles isolées de se déclarer en bonne santé ». Parler avec ses voisins, ne pas se sentir rejeté ou jugé est un pré-requis pour garder des liens sains avec son corps. C’est là tout l’enjeu de l’engagement des citoyens auquel nous croyons : changer ses représentations et aller vers l’autre, on peut tous le faire !

 

« Ce qui m’aide à tenir c’est les rencontres. Pas besoin de psy : il me suffit de parler de mes soucis ou de rigoler avec des gens et ça me reboost ! »

— Giovanni, ambassadeur du Carillon de Paris.

 

 

Au sein du réseau, les commerçants solidaires se mobilisent : beaucoup proposent l’accès à des trousses de premiers soins, un opticien offre des consultations et paires de lunettes et les coiffeurs sont de plus en plus nombreux. Tous offrent avant tout un accueil chaleureux et permettent aux personnes en situation de précarité de rester digne.

 

Chacun pour tous ! Santé !

 

 

Raouf en consultation chez Arteo, l'artisan lunetier, commerçant solidaire

du réseau solidaire du Carillon de Paris.

PAROLE CROISÉE DE CARILLONNEURS

 

 

Chacun leur tour, Séverine, Nathalie et Marc ont répondu à nos questions sur le travail.

 

Quelle est ta routine du matin ?   

 

    Séverine — Je me lève à 6h du matin et marche pendant une petite heure jusqu'en centre ville. J'en ai besoin ! Puis je vais prendre mon petit déjeuner à 7h au sein d'une structure avant de prendre ma douche vers 8h/8h30.

   Nathalie — Mon réveil sonne à 7H15, je me lève directement, je vais à la salle de bain, je descends préparer le café et je le bois au lit en écoutant la radio. Je prends ma douche et part travailler en vélo à 8h30.

    Marc —  Prendre une bonne douche pour me réveiller, un bol de flocons d'avoine avec des fruits et un trajet à vélo pour me rendre au restaurant.


Est-ce que le regard des autres compte pour toi ?

 

   Séverine — Oui ! Le regard peut être pesant sur nous mais il y a beaucoup de regards qui deviennent souriants/ agréables lorsque les gens voient que nous sommes en galère et que nous avons des besoins et qu'ils nous aident. Ils sont bienveillants dans ce cas.

    Nathalie — Un peu mais je ne vis pas à travers le regard des autres. J’essaie déjà d’être raccord avec le regard que je porte sur moi.

    Marc — Dans la restauration, l'apparence a forcément de l'importance : il faut être soigné et très rigoureux avec l'hygiène. Dans ma vie de tous les jours le regard des autres m'importe moins, cependant j'apprécie avoir un t-shirt repassé et une barbe à peu prêt bien taillée, toujours plus agréable pour les personnes qui m'entourent.

 

Un conseil aux personnes qui souhaiteraient être solidaire des personnes sans domicile ?

 

    Séverine — Essayer d'aller dans les commerçants du Carillon pour offrir des produits suspendus ! Donner des produits d'hygiène auprès des commerçants du Carillon qui en récupèrent ou auprès d'autres structures et associations. Donner un coup de mains quand vous pouvez, changer votre regard sur nous !

    Nathalie — Aller vers ces personnes et prendre le temps de discuter pour connaître leurs besoins.

   Marc — Je n'ai pas de conseil particulier à donner, excepté de se préparer à faire de nouvelles rencontres plutôt chouettes ! En tant que commerçant solidaire ouvrir les portes de mon restaurant aux personnes sans domicile a toujours été très simple ; le staff et les clients ont accueilli la démarche avec beaucoup d'enthousiasme, comme une évidence.

 

 

Merci aux Carillonneurs, avec et sans domicile, qui ont participé à cette 4e gazette :

Paris : Gilles, Lyes, Giovanni, Aileen, Martin, Camille, Clémence, Laura.

Lille : Thomas, Zora, Eric, Jonathan.

Nantes : Séverine, Maxime.

JEUX POUR TOUS

 

 

 

 


 

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