La Gazette n°2 : loisirs pour tous

June 21, 2017

avec usbek & rica

Sommaire de ce numéro

Édito

Grand dossier : loisirs pour tous

Parole croisée de Carillonneurs

Hiérarchiser les besoins, vraiment ?

EDITO par Aileen, à l'époque coordinatrice du Carillon centre 

 

Si manger ou se laver sont des actes aussi vitaux que compliqués quand on est à la rue, cela ne représente qu’une partie des préoccupations...

 

« Je n’avais pas dansé depuis quinze ans » nous disait Noureddine lors d’une soirée du Carillon. À Paris, en 2017, danser - acte de liberté ultime - serait donc un luxe ? Si manger ou se laver sont des actes aussi vitaux que compliqués quand on est à la rue, cela ne représente qu’une partie des préoccupations. Une fois ces tâches accomplies, il s’agit maintenant de vivre, de vivre vraiment. Et c’est là un nouveau parcours du combattant. Comment jouer au foot quand on a pas de basket, comment aller au musée quand on traîne 20 kilos de bagage, comment suivre la série du moment quand on n’a pas de chez soi ? Autant de loisirs qui sont bien plus que des occupations mais de réels vecteurs de lien social, de sentiment d’appartenance et aussi d’évasion. Alors on s’organise, on s’échange les plans, les bonnes adresses... Tout est bon pour passer un bon moment et pour ne pas oublier à quel point ça fait du bien de danser, chanter, se marrer en somme.

 

Alors est-ce que cet été, on se retrouvait pas tous pour danser ?

 

Les ambassadeurs Le Carillon et la troupe du Emmaüs Comedy Club

 

LE DOSSIER : Loisirs pour tous

 

Le point commun entre un match de foot, une série, un cours de cuisine ou une expo ? Au-delà du plaisir personnel, ces loisirs permettent de répondre aux besoins de lien social et d’appartenance à un groupe.

 

Dans le premier numéro de la Gazette du Carillon, nous avions vu que l’isolement touche tout le monde : habitants, commerçants ou personnes sans domicile... Les loisirs sont un des moyens de rompre cette solitude. A contrario, ne pas pouvoir se tenir au courant des dernières nouvelles, débattre du dernier film à l’affiche ou se défouler en faisant du sport, c’est perdre de sa dignité et donc de sa motivation à aller vers l’autre.

 

Les loisirs, un besoin secondaire ?

 

« Lorsqu’on est à la rue, je pense que l’on a d’autres préoccupations que les loisirs, non ? » s’interrogeait une habitante... Les personnes sans domicile que nous avons interrogés à ce sujet garde un avis mitigé. « Les loisirs sont un besoin vital, à quoi bon vivre si on n’a pas l’occasion de s’amuser ? La vie ce n’est pas seulement manger et dormir. L’être humain ne peut se contenter de cela » explique Raouf, à la rue depuis des années, toujours partant pour une partie de pétanque. Pourtant, pour Charly, « les loisirs, ça vient après, si on a le temps, les moyens, l'énergie. C’est un luxe. »

 

« La vie ce n’est pas seulement manger et dormir. »
— Raouf

 

Dans un autre registre, Djamel, toujours un polar à la main, rappelle que la vie à la rue, c’est souffrir de la faim, du froid, mais c’est aussi souffrir de l’ennui. Qui dit ennui dit tentations et parfois dérives bien sûr : « Me plonger dans les bouquins m’a permis de transformer le négatif en positif, d’occuper mon esprit pour éviter les addictions. »

 

On le voit, les loisirs sont donc un moyen de s’évader et de s’intégrer à la société. Un vrai besoin, intrinsèque à l’homme, loin d'être un simple caprice. Et pourtant, pour certains d’entre nous, cela reste compliqué. La double peine en somme.

 

Pourquoi c’est compliqué ?

 

La question financière n’est pas l’unique cause d’éloignement des personnes sans domicile de la culture et des loisirs. Il y a le temps : « Du temps libre, on en a quand on est à la rue non ? » se questionne une commerçante du 19e arrondissement. Pas si sûr. Entre les démarches administratives (demande de RSA, demande de logement, accès au droit, etc.), la manche, les petits boulots ou le temps passé à trouver à manger et à se laver, il n’en reste plus tant que ça.

 

Ajouter à cela le sentiment que l’on n’est pas légitime ou pas le bienvenu dans certains lieux culturels. Si parfois ce sentiment de rejet est légitime (certaines galeries ou musée imposent un code

vestimentaire strict), il est aussi souvent imaginé. À noter que ce sentiment d'illégitimité face à certaines formes d’art touche aussi beaucoup de personnes qui ont un domicile...

 

 

Certains commerçants l’ont bien compris :

« Nous avons rejoint le réseau solidaire Le Carillon parce que nous voulons que tout le monde se sente légitime et à l’aise dans notre librairie » expliquent les propriétaires de La Régulière dans le 18e arrondissement.

 

Julia et Alice de la librairie solidaire La Régulière, Paris 18e

 

 

Il y a l’auto-censure, le sentiment que l’on n’est pas légitime ou pas le bienvenu dans certains lieux culturels.

 

Pas le droit d’être exigeant ?

 

« Je voyais ce sdf en bas de chez moi en train de lire. Un jour, j’ai été lui offrir un livre et là, sa réaction m’a laissé bouche bée : il m’a dit qu’il détestait cet auteur ! On en a ri, puis on a parlé littérature. J’aurais dû l’interroger avant de lui imposer ce don » confie Julien, un habitant du 13e arrondissement.

 

 

Et oui, ce n’est pas parce que l’on perd son logement que l’on perd ses goûts ! S’il existe des initiatives offrant l’accès à la culture, les personnes en situation précaires doivent souvent se contenter de ce qui leur est proposé : « Tu n’as pas le même choix que les autres, on t’impose une culture qui n’est pas du tout la tienne. On nous file des places de ciné mais on ne nous laisse pas le choix du film. On n’aurait donc pas le droit d’être exigeant ? » nous confie Charly.

 

 

Heureusement, de nombreuses assos, habitants et commerçants solidaires placent les envies et les goûts des per- sonnes aidées au cœur de leurs actions. Et si au lieu de voir toujours ce qui nous différencie, on essayait de trouver nos ressemblances pour partager ensemble ces petits plaisirs de la vie ? S’asseoir sur un banc pour lire, jouer à la pétanque dans un parc ou visiter une expo gratuite, c’est toujours plus convivial quand c’est partagé !

PAROLE CROISÉE DE CARILLONNEURS

 

 

Chacun leur tour, Fabienne, Gilles et Cathy ont répondu à nos questions sur la solitude.

 

Quelle est ta définition de la culture ?

 

    Fabienne — C’est avant tout une façon de voir la vie, qui permet de sor- tir de ses problèmes quotidiens en par- tageant quelque chose. À travers un tableau, par exemple, l’artiste partage quelque chose avec le spectateur, sans aucune parole.

     Gilles — C’est un petit plus... mais indispensable dans une vie !

    Cathy — L’art, la religion et les traditions d’un pays ou d’un peuple. C’est quelque chose que l’on partage collectivement.

 

Quelle est la place de la culture dans les rapports humains ?

 

     Fabienne — La culture nous donne envie de s’ouvrir à d’autres gens.

     Gilles — Elle favorise les rencontres, et donc l’épanouissement personnel.

     Cathy — C’est ce qui nous dicte notre conduite envers l’autre, crée des affinités, et dans n’importe quelle situation: dans la rue, en soirée, etc. Je pense que la culture a une place majeure, dans les rapports humains.

 

Est-ce que vous croyez que la culture est accessible à tous ?

 

     Fabienne — Il faudrait ! La culture peut permettre, aux personnes les moins privilégiées, de sortir d’un engrenage, et de développer des idées positives.

   Gilles — J’estime que tout le monde peut y accéder ! Celui qui veut, surtout à Paris, peut parfaitement. Il n’y a pas spécialement de barrières, il faut juste le vouloir.

   Cathy — Le prix de certains spectacles ou expos peut être un frein, ce qui peut entrainer l’isolement et un sentiment de rejet.

 

Comment partager la culture d’une façon efficace, à tout le monde ?

 

    Fabienne — Il y a des publics plus ou moins faciles, mais il ne faut pas hésiter à tenter de nouvelles expériences pour les attirer ! Dans ma galerie, on a créé un espace ouvert et dynamique, alliant salle d’expo et cave à vin, et ça a été un pari gagnant.

      Gilles — Si j’avais internet, je pourrais partager mes expériences d’une façon efficace aux autres!

     Cathy — Ce serait bien que les informations culturelles soit gratuite- ment à disposition dans les endroits qu’on fréquente tous les jours, comme les supermarchés !

HIÉRARCHISER LES BESOINS, VRAIMENT ?

 

 

 

 


 

Please reload

Posts Récents
Please reload

Catégories

2019 © Le Carillon / Association de loi 1901 La Cloche

Le Carillon fait partie du réseau international The Chime

RETROUVEZ TOUS LES PROJETS DE L'ASSOCIATION :