Femmes sans domicile - Rencontre avec l'asso ADSF

March 9, 2018

 Nadège, entourée de membres de son équipe : Najate à gauche et Géraldine à droite.

 

A l’occasion de la Journée Internationale des droits des femmes, nous avons souhaité mettre en lumière les femmes sans domicile mais aussi les femmes qui agissent auprès d’elles. On a donc contacté l’un de nos partenaires, l’association ADSF – Agir pour la santé des femmes et posé quelques questions à Nadège Passereau, sa déléguée générale. Chouette rencontre avec une Carillonneuse aussi engagée que positive, qu’on est fiers d’avoir au sein du réseau solidaire de Paris !

Peux-tu présenter ADSF ?

Créée en 2001, l’ADSF regroupe des volontaires qui mettent leurs compétences au service de l’amélioration de la santé des femmes en situation de grande précarité. Au début, l’action était très tournée vers l’international. Mais dès 2002, en France, nous avons lancé des consultations gynécologiques dans les centres d’hébergement du Samu Social de Paris destinées aux femmes. Ça n’a pas été évident de faire rentrer dans les mentalités l’importance du genre dans l’aide aux plus démunis. Mais depuis quelques années, il y a eu une prise de conscience de la part des acteurs de l’aide et des institutions. Pour reprendre Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social : « Une femme, ce n’est pas un corps d’homme comme les autres ! ».

 

 

Une femme accueille des bénévoles de l'ADSF dans sa chambre d'hôtel social 

 

Ensuite, nous avons organisé des campagnes de dépistage du cancer du col de l’utérus ou encore des activités permettant le suivi des femmes enceintes. En 2014, nous avons créée des équipes mobiles en Ile de France. Professionnels de santé et citoyens, ces maraudes se rendent dans des bidonvilles, des centres d’hébergement d’urgence, 4 hôtels sociaux (en partenariat avec le Samu social), des centres d’accueils de jour et, chaque jeudi, dans la rue. Nos volontaires réalisent une évaluation des besoins en santé, informent, réalisent des actions de prévention et dépistage (notamment du cancer du col de l’utérus) et la distribution de kit d’hygiène.

 

"Notre mission est d’«aller vers » à la rencontre de ses femmes sur leur lieu de vie pour les « ramener vers », vers l’offre de soins, les accompagner dans leur démarche et ainsi permettre aux femmes l’accès à des soins et l’amélioration de leur santé."

 

​C’est aussi des opérations avec d’autres acteurs, tous les 15 jours, nous animons un groupe de paroles sur les thèmes de la santé (anatomie, contraception, etc) et des consultations gynécologiques à la Halte Femmes de l’association Aurore dans le 12e et le 1er samedi du mois nous accueillons des femmes à notre local, dans le 18e.

 

En septembre 2017, un dispositif de santé mentale a été créé face aux besoins des femmes vivant dans les hôtels sociaux, pour lesquels il nous paraissait essentiel d’intervenir. Nos équipes travaillent aussi sur la socio-esthétique, sur la distribution de vêtements ou des ateliers bien-être pour aider les femmes à se sentir belles et à retrouver une dignité. C’est important pour le bien-être au quotidien mais aussi pour ne pas se couper encore plus du reste de la société.

Une femme accueille trois bénévoles de l'ADSF 

 

Qui sont les femmes que vous rencontrez ? Y-a-t-il un profil type?

Il y a quatre grands profils :

 

- Les femmes qui avait un logement en France et l’ont perdu suite à un accident de la vie, des violences conjugales ou d’importantes difficultés économiques. Elles sont très isolées, se cachent, se rendent invisibles, se masculinisent et pour elles, la rue est un facteur très aggravant pour leur santé mentale. Beaucoup sont des femmes âgées, seules et laissées pour compte par la société. Ça me révolte car ce fait de société était à prévoir, différences de salaires, petit boulot précaire, pas de statut de conjoint, etc… leur appauvrissement était à prévoir !

 

- Les femmes exilées ayant fui leur pays. On parle beaucoup du parcours d’exil des hommes, on entend le mot « migrants » à tout va dans les médias mais c’est encore trop rare qu’on parle des raisons de la migration des femmes. Elles sont pourtant bien pire que celles des hommes ! Ces femmes qui fuient un pays à cause de la guerre ou la misère, le font aussi , pour la plupart, à cause de conditions de vie très, trop violentes (mariage forcé, mutilations, viols, prostitution). Arrivées en France, elles sont malheureusement face à une autre violence… celle de la rue. Contrairement au premier profil, ces femmes ne se cachent pas et restent très féminines pour se fondre dans la masse. Il y a un réel réseau d’entraide au sein de leur communauté et elles sont demandeuses d’aide. Elles font tout pour s’intégrer.

 

" C’est encore trop rare qu’on parle des raisons de la migration des femmes. Elles sont pourtant bien pire que celles des hommes !"

 

- Les femmes victimes de traites. Il s’agit d’un réseau venu de Nigéria, elles sont victimes de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle. Elles sont souvent très jeunes, mineures. Avec l’association Aux Captifs, La libération nous organisons des maraudes dans le bois de Vincennes.

 

- Les femmes vivant en bidonvilles. Elles vivent en communauté et sont très réceptives à notre aide. Le principal défi est d’adapter notre action à leurs spécificités culturelles.

Une femme s'entretient avec une bénévole de l'ADSF

 

 Qu’est ce qui est le plus dur quand on est une femme sans domicile ?

La vulnérabilité du corps. Quand tu es une femme à la rue tu deviens une proie. Le besoin de te protéger devient un besoin primaire aussi important que manger ou dormir. Ces femmes subissent une violence extrême et leurs mécanismes de défense sont constamment enclenchés. A cela s’ajoute le fait que rien n’est fait pour les femmes dans l’environnement urbain (toilettes, bain douches…) et que l’accès à des produits de première nécessité comme les serviettes hygiéniques est un luxe.

 

"Ces femmes subissent une violence extrême et leurs mécanismes de défense sont constamment enclenchés. "

 

Est-ce qu’il y a beaucoup de structures pour les femmes sans domicile ?

A Paris, il y a la halte Femmes, un accueil de jour à Charonne et quelques nouvelles initiatives comme l’association Le Filon qui accompagne des femmes dans leur sortie de rue mais c’est encore trop peu étant donné l’augmentation flagrante du nombre de femmes à la rue, sans domicile fixe. 

 

Un cliché que tu en as marre d’entendre ?

Ah j’aime bien cette question ! Le truc par excellence qu’on entend encore trop « Les femmes dans la misère n’ont qu’à pas faire d’enfants à tout va et avoir autant d’enfants à charge ». Heu… et bien tout d’abord, elles ne les font pas toutes seules  ces enfants… ! Les hommes sont tout aussi responsables. Et bien souvent ce n’est pas un choix de la part de ces femmes mais la combinaison d’un manque d’accès à la contraception gratuite et d’une culture différente de la nôtre. Ces femmes sont des victimes. Elles n’étaient juste pas là au bon moment au bon endroit !

 

"Quand tu es une femme dans la misère, on te plombe encore plus. "

 

Une rencontre marquante ?

Adama, bénévole à ADSF depuis juin 2017. Contrainte de fuir son pays pour des raisons politiques, à presque 50 ans, elle s’est retrouvé à dormir dans des gares à Paris pendant 5 ans. Elle était obligée de se cacher et s’est rapidement fait voler toutes ses affaires et ses papiers.  En plus d’être engagée politiquement dans son pays, Adama était sage-femme. C’est donc naturellement qu’elle a commencé à nous aider dans les maraudes. Aujourd’hui, c’est une bénévole hyper active. Dès qu’il y a une femme à aller voir elle est partante et elle organise d’elle-même des actions dans les centres d’hébergement.  

 

 

Adama prépare les kits d'hygiène pour le prochain accueil hygiène-santé dans les locaux de l'ADSF

 

Ce bénévolat lui rappelle la stature qu’elle avait avant d’arriver en France. Elle est respectée en tant que femme mais aussi en tant que professionnelle. Maintenant qu’elle commence à avoir un meilleur niveau en français, elle aimerait reprendre ses études pour pouvoir être sage-femme en France. Si elle est régularisée on souhaite l’embaucher mais pour l’instant on n’attend la réponse pour sa demande d’asile étant donné que, pour la France, la Guinée bissau n’est pas un pays dangereux et qu’elle risque donc de se faire renvoyer.

 

Malgré la violence de son parcours et l’éloignement avec ses enfants, elle a toujours le sourire, l’envie d’aider les autres et ne se plaint jamais ! J’admire son courage et sa modestie. 

 

"Adama incarne toutes ces femmes qui arrivent à « faire comme si ».

En les voyant, jamais on ne pourrait imaginer qu’elles dorment dans une gare ou dans un hôtel social."

 

Que peut-on faire, à notre échelle de citoyenne et citoyen, pour les femmes sans domicile ?

- Aider au signalement en appelant sa mairie pour demander si la femme que vous rencontrez est vue par des associations et être ainsi un relai auprès des professionnels qui peuvent les aider

- Faire des dons de produits pour constituer des kits hygiènes (serviettes hygiéniques, shampoings, vêtements, etc.) au local de l’association (18, rue Bernard Dimey, 75018 Paris, Metro Porte de St-Ouen) 

- Vous mobiliser pour faire baisser la TVA sur les tampons, serviettes hygiéniques car ça ne devrait pas être un produit de luxe !

- Et bien sûr changer de regard !

 

 

Et au sein de ADSF ? Recrutez-vous des bénévoles ?

Oui ! On cherche des médecins, sage-femme, infirmières, gynéco et des psy.

Deux bénévoles de l'ADSF dans le camion aménagé

 

Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ?
J’ai bossé quelques années avec des artistes, je suis passée par les nouvelles technologies et ensuite c’est le classique « j’en ai marre de bosser pour des boîtes dont je ne partage les valeurs… je veux du sens dans ce que je fais ! » qui m’a amené à rejoindre Médecins sans frontières pendant 8 ans. En 2016, je me suis engagée à l’ ASDF d’abord en tant que bénévole, ensuite pour rechercher des fonds et depuis novembre 2017, je suis déléguée générale.

 

Qu’est-ce que représente le 8 mars pour toi ?

C’est l’occasion de faire un point global sur la situation des femmes et sur leurs droits. Il faudrait comparer point par point les avancées par rapport à l’année passée si on veut que cela soit vraiment utile. C’est bien de voir ce qui progresse mais on voit aussi tout le travail qu’il reste à faire !

 

Es-tu "féministe" ?

Même si ce terme a été un peu dénaturé ces dernières années, je suis naturellement féministe. Je défends les droits de la femme mais de la même façon je défends aussi ceux de l’homme. Je suis pour plus d’équité entre tous les êtres humains, tout en prenant en compte les spécificités de chacun. En fait je préfère le terme de « suffragettes » créée en 1903 pour revendiquer le droit de vote pour les femmes au Royaume-Uni.

 

"Je suis pour plus d’équité entre tous les êtres humains, tout en prenant en comptes les spécificités de chacun."

 

Une femme célèbre que tu admires ?

Avril de Sainte Croix

L'ADSF en 2017:

709 femmes vues accompagnées en ile de France

150 maraudes organisées 

98 bénévoles (1/3 médicaux paramédicaux , 1/3 psy, 1 /3 citoyens)

 

Site internet Page Facebook - Twitter

L'ADSF est partenaire du réseau Le Carillon de Paris et distribue aux femmes rencontrées des listes de commerçants solidaires et de bons (boissons chaudes, coupe de cheveux, repas...) à utiliser chez les commerçants.

 


 

 

 

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